Paris – Deauville à vélo pour débutant

J’en rêvais depuis 3 ans, je l’ai fait cette année et je voulais vous partager cette expérience qui combine plaisir, santé, avec une belle illustration de ce qu’est un « voyage éco-responsable » 🙂

Je fais régulièrement de l’exercice mais je suis loin d’être un grand sportif et je n’avais jamais fait de grand trajet en vélo avant celui-ci. J’ai donc souhaité orienter cet article en me mettant à la portée des « débutants » comme moi. En espérant que cela pourra vous encourager à partir également à l’aventure !

Parlons écologie

Avant de passer au thème magique du voyage et au plaisir que j’ai eu à faire cette « grande promenade, parlons rapidement de l’impact écologique : en allant en vélo, j’économise près de 27 kg de CO2 ! C’est à dire à peu près ce que génère l’élevage d’un 1 kg de boeuf (et, non, ça ne sera pas une raison pour moi de remanger du boeuf 😉

26 878 grammes de CO2 économisés 🙂

Deux pensées « écolo » me sont venues à l’esprit sur la route : d’abord, que quand je vois les étendues de champs à perte de vue (surtout sur la partie Paris -> Evreux), je me dis qu’avant de faire tout ça en bio(-dynamie) et en permaculture, il va y a voir du travail (en espérant que les gens soient prêts à travailler plus pour produire dans ces conditions : pour nourrir tout le monde, il y a un besoin de surfaces agricoles gigantesques !). La deuxième, plus positive, c’est que même en étant entouré de champs, j’ai mangé un paquet d’insectes. Alors, non, je n’ai pas particulièrement apprécié leur goût et je reste végétarien, mais cela veut dire que la présence d’insecticides ne devait pas être très forte dans les environs.

Des beaux champs de blé

Parlons santé et nutrition

Quelle nourriture ? Le petit déjeuner zéro déchet que je mange quasiment tous les matins se prête à merveille avant un grand départ en vélo. N’hésitez pas à doubler la dose d’avoine pour l’occasion, c’est un sucre lent idéal pour tenir 4 heures à pédaler sans manger et sans faiblir.

Maigrir au passage ? Oui et non : oui car en théorie, le voyage total brûlerait entre 8000 et 10000 calories, mais à la fois non car ça pousse à manger plus de glucides (pizzas, pâtes, produits sucrés), sans compter les tentations à Trouville (crêpes, gaufres…). Malgré tout, je dirais que le « kilo » théorique que j’étais censé perdre en 2 jours, j’ai probablement perdu la moitié. On verra à mon retour sur la balance… Ou pas.

Géovélo dit que je brûle 4168 kcal, mais ma montre m’indique bien plus !

Faut-il être sportif ?

Avant de partir, je me suis vraiment demandé si je serais capable de faire un tel trajet. Je coupe le trajet en deux (en trois pour être précis, mais la dernière étape est très courte), soit environ 100 km par jour. Je ne suis pas un grand sportif mais je m’entretiens (je fais régulièrement 1h00 de vélo par jour à Paris 2-3 fois par semaine). Verdict ? à condition de bien s’hydrater (j’ai pris 3 litres d’eau dans les sacoches), d’avoir de quoi manger et d’aller à son rythme (quitte à marcher dans les quelques côtes difficiles), ce trajet est à la portée de la plupart d’entre nous. J’ai malgré tout commencé à avoir des douleurs aux genoux la deuxième journée… Alors n’hésitez-pas à vous entretenir un peu avant le voyage !

Faut-il s’étirer le soir ? Contrairement à ce que je croyais, si vous poussez fort pendant 2 jours d’affilée, il vaut mieux vous contenter de vous reposer chaque soir du voyage, et attendre au moins 24 heures après la fin des deux jours de voyage pour faire une vraie séance d’étirements. En effet, de ce que j’ai pu lire sur le sujet, s’étirer après avoir autant sollicité vos muscles pourrait augmenter le risque de lésions. Si un docteur passe par là et que je me trompe, il est le bienvenu pour l’écrire en commentaire 🙂

Se préparer au voyage

Affaires à emporter

Côté habits

  • Un cuissard est quasiment indispensable pour un tel voyage : il évite irritations (à cause des frottements) et blessures (les coutures des sous-vêtements finissent pas couper la peau lorsqu’on pédale 2 x 8 heures). Il faut le porter sans sous-vêtement c’est fait pour, il est traité anti-bactérien et se lave à la fin du voyage.
  • Un casque de vélo est aussi vivement conseillé pour des raisons de sécurité. Il servira également à protéger la tête du soleil (mis à part l’arrière du cou)
  • Des gants vélo sont également une bonne idée pour éviter d’avoir de la corne aux mains
  • Un maillot de vélo n’est pas indispensable. En ce qui me concerne, en revanche, j’ai opté pour un t-shirt traité anti-UV en coton qui a l’avantage de protéger totalement du soleil tout en limitant l’utilisation de crème solaire aux endroits non protégés (crème que j’ai mise surtout à l’arrière du cou entre 11h00 du matin et 15h00)

Côté vélo

  • Equipez-vous impérativement d’un grand sourire pour vous faire aider par des cyclistes sur la route si vous crevez un pneu 😊Si cela vous arrive, je vous conseillerais de tenter, dans l’ordre :
    • 1. la bombe anti-crevaison
    • 2. si la bombe n’a pas fonctionné (trou trop gros), changer la chambre à air complète (une fois n’est pas coutume, je préfère changer que réparer avec une rustique, c’est plus sûr et plus simple). Dans les deux cas il faut regonfler le pneu pour atteindre les 5 bars (plus ou moins, selon vos pneus) car un pneu sous-gonflé crève facilement
  • Une bombe anti-crevaison (voire deux si vous êtes stressé(e) comme moi…). A ce propos :
    • La bombe bouche le trou à condition qu’il ne soit pas trop gros
    • Il faut faire tourner la roue une fois que vous avez vidé la mousse de la bombe dans le pneu, afin que la mousse s’étale dans toute la chambre à air
    • Il faut regonfler le pneu avec une pompe, à une pression de 5 bars pour éviter de crever à nouveau
    • A priori avec un pneu sauvé par une bombe anti-crevaison, vous devriez pouvoir rouler jusqu’au bout du voyage sans changer la chambre à air jusqu’ à être arrivé à la maison
  • Une pompe à main qui monte à 5 bars
  • Une à deux chambres à air adaptés à vos pneus. Personnellement, je préfère des valves Schräder qui ont l’avantage d’être identiques à celles des voitures, ce qui vous permet de regonfler vos pneus aux pompes à essence.
  • Un kit de changement de chambre à air ou tout au moins des leviers de pneus vélo qui permettent de sortir la chambre à air coincée entre la jante et le pneu
  • Un porte gourde de vélo et une gourde. Je vous conseille de prendre une gourde qui s’ouvre facilement avec une seule main et avec un embout de type « tuyau », personnellement j’ai la Super Sparrow 620 ml qui est top (et qui rentre dans les porte-gourde standard des vélos). Evitez les gourde à 5 € en plastique qui s’ouvrent difficilement.
  • Des sacoches arrières de vélo (selon ce que vous emportez. Des 2 x 20 litres me semblent un minimum !)
  • Un outil multi-fonction pour vélo qui permet de resserrer ce qui se dessert (par exemple le rétroviseur)
  • Idéalement de la graisse pour chaîne vélo (PAS le WD-40 qui apparaît dans la liste, c’est un dégrippant et non pas un lubrifiant)
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Côté Hi-tech

  • Quelque soit votre téléphone mobile, il est probable que le GPS épuise la batterie avant d’arriver à bon port. Personnellement j’ai opté pour une batterie externe haute capacité qui permet de recharger le téléphone plusieurs fois (ainsi que ma montre Polar M400 qui s’épuiserait également avant une journée).
  • Un porte téléphone mobile du type de celui-ci (c’est le genre de celui que j’ai) permet de voir très bien le GPS et d’avoir accès aux contrôles (notamment pour allumer le téléphone ponctuellement pour voir la route indiquée par le GPS en cas de doute).
J’étais assez fier d’avoir trouvé comment accrocher la Jambox avec des élastiques… Mais elle n’arrêtait pas de taper à chaque bosse, je l’ai finalement démontée. D’ailleurs pédaler sans musique c’est être plus en contact avec les éléments, ce n’est pas plus mal !

Côté sacoche de guidon, il y a un scratch pour le téléphone, que j’ai supprimé car le poids faisait bouger la sacoche d’un côté ou de l’autre… En revanche c’était très pratique pour poser mes gants !

Côté nutrition & santé

  • Ne lésinez-pas sur l’eau. Perso j’ai pris 2×1,5 litres + la gourde de 620 ml, ça alourdit un peu le vélo (au début de la journée) mais au moins c’est sécurisant
  • De la crème solaire
  • Des pansements + un désinfectant en cas de chute
  • Des mouchoirs et du papier toilette (on n’est jamais trop prudent en rase campagne…)

Planifier le voyage

Je conseille vivement l’application dédiée Géovélo qui est plus adaptée aux cyclistes que Google Maps. Quelques conseils pour en profiter un maximum :

  • Pour limiter la consommation de batterie :
    • Définissez l’itinéraire d’avance et enregistrez-le en trajet favori. Cela stockera l’itinéraire sur l’appli
    • Changez l’option dans la paramètres pour que l’écran s’éteigne automatiquement
  • Choisissez le trajet « conseillé » ou « rapide » pour le calcul de l’itinéraire, évitez le mode « sécurisé » qui fait faire des détours inutiles, dont certains sur des chemins de campagne difficilement praticables avec un vélo de route, d’après ce que j’ai vérifié avec les photos de Google Maps

Pour les points de chute (là où vous dormez, pas là où vous tombez), si vous êtes routard(e) habitué(e) à la tente, je vous laisse seul(e) juge de ce qu’il faut prendre. Pour ma part j’ai préféré choisir une chambre d’hôtes sur la route, et à ce propos le gite « Cathy’s Romantic Garden » (lien non affilié), à Evreux, est un choix idéal : le couple d’hôte est adorable, leur maison est très belle, leur petit déjeuner est délicieux, et la maison se trouve à 5 minutes en vélo / 15 mn à pied du centre. Dernier gros avantage, ils ont le matériel pour réparer le vélo et disposent d’une pompe à pied.

Conseils et pièges à éviter

  • Prévoir un timing large (10 heures par jour) : je suis parti le matin à 8h30 et j’ai estimé sur Géovélo une vitesse moyenne de 15 km/h + 2 heures de pause. Je suis toujours arrivé sensiblement en avance mais cela n’a pas été un problème, au contraire. Prévoir de la marge a plusieurs avantages :
    • Le matin il fait plus frais donc pédaler est plus facile et agréable
    • En cas de problème (exemple : crevaison de pneu ou plus de fatigue que prévue), vous avez de la marge
    • Vous pouvez prendre plus de temps que prévu pour visiter, discuter avec les personnes que vous rencontrez, etc.
  • Eau : je pensais que 2 bouteilles de 1,5 litres seraient de trop, mais finalement ce n’était pas le cas, surtout le premier jour pendant lequel je n’ai tout bonnement pas trouvé de restaurant ouvert sur la route ! Petite astuce pour vous ravitailler d’eau, les cimetières ont souvent une pompe d’eau potable.
  • Nourriture : inutile d’emporter un buffet entier, mais gardez de quoi donner de l’énergie rapidement (féculents et sucre). Pour ma part j’avais pris un mélange amandes et fruits secs (raisins secs, pruneaux…). Comme pour l’eau, il vaut mieux manger des petites portions plus souvent plutôt que de faire un festin. Et si vous partez un dimanche ou un lundi et que peu de restos sont ouverts, prenez quand même un casse-croute (explications plus bas sur mon jeûne non voulu du 1er jour).

Recommandations techniques

Quelques recommandations techniques / orientées vélo pour les débutants comme moi – si vous êtes en expert en vélo vous allez sûrement sourire en lisant ces lignes, en même temps si vous n’êtes pas débutant vous ne lisez probablement pas cet article 😉

  • Gonflez vos pneus à bloc (en respectant les indications écrites sur le pneu). Un pneu dur réduira drastiquement les risques de crevaison
  • On s’habitue très vite à pousser l’ouverture de la gourde avec une seule main, puis l’attraper et boire, puise la reposer, puis la refermer, tout ça avec une seule main, pendant qu’on pédale. C’est important car il vaut mieux boire un peu, mais très souvent que beaucoup d’un coup.
  • Evitez de rouler sur les gros graviers ou traces louches sur la route. Ca réduira d’autant plus le risque de crevaison.

Petit récit du parcours

Départ : 21 juillet 2019 au matin, arrivée le 23 juillet au matin

Jour 1 : Paris – Evreux

Je suis parti de ma banlieue (Clamart), passé par Versailles, la bonne surprise c’est que souvent les routes étaient calmes et que de nombreux aménagements pour cyclistes étaient présents, même s’il n’existe pas encore de véloroute tout du long entre Paris et Deauville.

Après 45 mn me voici au chateau de Versailles
Enfin sorti d’Île de France, avec une première petite « vélo-route »

Des champs à perte de vue… Il faut bien nourrir tout le monde… Quid de la permaculture ? Est-ce réaliste ?

Un petit château perdu dans la campagne… Il me fait penser au château de Moulinsart !
Une odeur forte de brûlé, je me suis demandé s’il y avait le feu… Et non, c’est du compost (agricole) en plein été ! Ca brûle presque et ça pue.

On trouve de plus en plus d’abris de stockage de fourrage recouverts de cellules photovoltaïques
Mission accomplie ! 1er jour de fait 🙂
3% sur le mobile, il était temps d’arriver !

Jour 2 : Evreux – Trouville-sur-Mer

La deuxième partie est beaucoup plus agréable en particulier la première section de 40 kilomètres de voie verte (véloroute), qui est une piste exclusivement cyclable (partagée avec piétons, rollers…), et en grande partie à l’ombre. J’ai personnellement fait une étape à Pont-l’Evêque, qui est à une bonne heure de Trouville/Deauville en vélo.

40 km de sérénité
C’est plat et à l’ombre. Par temps caniculaire, moi je dis chouette !
Ca continue, encore quelques kilomètres de calme avant le village de Bec-Hellouin
Un champ de navets
Les éoliennes poussent de plus en plus
Arrivé au Bec-Hellouin et sa fameuse abbaye…
… Fameuse pour sa fraîcheur agréable 🙂
Des glucides et un oeuf pour tailler la route
Des pommiers en Normandie ? so cliché 😉

Et pourtant, tout le monde était sympa sur la route !

Alternatives moins sportives

Si vous êtes tenté(e) de faire le voyage mais avez peur de ne pas y arriver, plusieurs solutions :

  • Prenez le TER (qui accepte les vélos) jusqu’à Evreux, la partie la plus sympa du voyage étant la deuxième partie entre Evreux et Trouville-sur-Mer.
  • Revenez en train (les trajets Deauville-Paris ne sont pas chers et sont réguliers)

Alternative grosse journée/petite journée

Pour ma part pour des raisons logistiques j’ai fait un arrêt une nuit à Pont-l’Evêque, du coup même si la 3ème étape était toute petite, elle a permis de couper en 3 jours. Si vous faites le parcours en deux jours, une possibilité serait de faire plutôt les deux étapes suivantes :

  • 1er jour : Paris -> le Bec-Hellouin (très long, 144 km, mais les 40 derniers kilomètres sont tranquilles, plats, en véloroute et à l’ombre)
  • 2ème jour : le Bec-Hellouin -> Trouville-sur-Mer (jour de « repos », seulement 70 km de vélo)

Conclusions

Je suis super content d’avoir tenté l’aventure, et j’ai envie de recommencer et d’aller plus loin (Bretagne ? Bordeaux ?…) et je ne peux que vous conseiller de tenter l’aventure… Peut-être pas en solo comme je l’ai fait… A vous de voir !

C’est à vous !

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