Des protéines animales plus vertes pour nourrir poissons et volailles

Pour les omnivores, la viande et le poisson restent des importants de l’alimentation. Hors nourrir les animaux d’élevage (notamment en aquaculture) génère des problèmes environnementaux (utilisation d’OGMs, pêche minotière destructrice). Face à cet enjeu, les sociétés Mutatec et Entomo Farm proposent un élevage de vers à destination des poissons et gallinacés. Interviews.


Interview de la société Mutatec

Retranscription de la vidéo

Bonjour, je suis Jérôme Costil de la société Mutatec. Nous sommes une start-up qui développe un nouveau projet, un nouveau concept, qui part de deux constats :

Le premier, c’est que dans le domaine de l’alimentation animale, pour nourrir l’ensemble des humains de la planète et surtout les approvisionner en produits nobles, comme le poisson ou la viande, le problème fondamental c’est la source de protéines qui sert à alimenter ces animaux d’élevage. Et en particulier en aquaculture, donc la production des poissons, mais aussi en volaille.

Eviter les OGM

Aujourd’hui, les principales sources de protéines de cette alimentation, c’est le tourteau de soja, c’est-à-dire les graines de soja pressées dont on a extrait l’huile, et donc il reste un résidu qui est protéiné. Et donc ça, c’est une première source de protéine, et cela vient essentiellement du Brésil et des Etats-Unis, avec des cultures qui sont souvent faites avec des variétés génétiquement modifiées, et souvent aussi sur des défrichements massifs de la forêt amazonienne.

Valoriser les déchets organiques

Le deuxième constat, c’est que de l’autre côté de la chaîne alimentaire, il faut savoir qu’il y a à peu près au moins 30 % au plan mondial du volume des aliments qui n’est jamais consommé, qui est perdu. Soit que cela soit des aliments hors calibres, des fruits et légumes avariés avant d’arriver au consommateur, des produits de supermarchés qui dépassent la taille limite, des produits non consommés, et cetera.

Donc, forts de ces deux constats, le projet, c’est de recycler, ou de valoriser les déchets alimentaires, plutôt que de les perdre, pour s’en servir comme substrat pour l’élevage de larves d’insectes, on va dire de gros asticots. Et on va utiliser ces asticots pour faire des protéines, destinées justement à l’alimentation animale.

Eviter la pêche minotière

La deuxième source importante de protéines [pour nourrir les poissons d’élevage], c’est les farines de [plus petits] poissons venant de ce qu’on appelle la pêche minotière. C’est-à-dire que ce sont des grandes pêches de petits poissons venant de fonds profonds, qui sont transformés en farine pour constituer effectivement l’alimentation pour les poissons d’élevage. Donc nous, nous allons, à partir de ces larves d’insectes, créer ou fabriquer une farine qui va pouvoir remplacer les farines de poissons et dans une certaine mesure les tourteaux de soja, dans la fabrication des aliments pour les poissons et les volailles.

Actuellement, on est dans un processus de mise au point de l’élevage et de réglage de tous les problèmes techniques qu’on rencontre, pour pouvoir rentrer dans une fabrication qui soit à grande échelle. Puisqu’il faut avoir la notion que les volumes de farine de poisson ou de tourteaux de soja qui circule sur la planète, pour l’alimentation animale, cela se chiffre en centaines de milliers de tonnes. Donc forcément, nous, nous devons passer d’un élevage de l’ordre d’une paillasse de laboratoire, vers un stade vraiment à grande échelle, à échelle industrielle.

Mais sinon, le procédé en lui-même reproduit tout simplement ce qui se passe dans la nature, donc c’est un peu du bio mimétisme, c’est-à-dire que dans la nature tous les déchets, les cadavres, les déjections animales, les produits qui pourrissent… sont forcément recyclés, ils sont utilisés par toutes sortes d’animaux, et en particulier par les larves d’insectes et les asticots, c’est le recyclage.

Une technique biomimétique et ancestrale, revisitée

A tel point qu’effectivement, pour vous donner une idée, au 18ème siècle, il y a un auteur, Olivier De Serres, qui a écrit une encyclopédie sur les techniques agricoles. Il citait nommément ce qu’on appelait à l’époque la technique de la verminière. Et il conseillait aux paysans d’accumuler tous leurs déchets organiques (cadavres d’animaux, déjections, poubelles [organiques, à l’époque on n’avait pas de plastique] de maison…) dans un coin de la ferme pour pouvoir élever des asticots dessus, et après utiliser ces asticots pour donner aux volailles et aux poissons des viviers. Donc c’est un concept qui est vraiment très biomimétique et très ancien, que nous essayons simplement de rationaliser et d’étendre à grande échelle.

Le système est très simple, c’est que nous collectons les résidus alimentaires avariés, ou qui ne rentrent pas dans la chaîne de consommation. On les mélange, on les « processe », on en fait un genre de substrat, un genre de compote si vous voulez. On alimente les larves avec ça. Donc en pratique, on inocule des œufs, ou des jeunes larves sur ce substrat. Les larves se développent, on les récolte. On les tue à la vapeur, comme quand on met dans l’eau bouillante un homard ou des crevettes. Et puis à partir de ces larves séchées, on en fait d’un côté une farine protéique, de l’autre côté des graisses qui sont utilisées pour fabriquer des petits granulés qui servent à l’alimentation des poissons d’élevage. Et cela remplace les farines de poissons.

Alors pour le moment, on est dans une phase où nous sommes sur un prototype, et les productions que nous faisons sont actuellement utilisées pour faire des essais (alimentation de truites par exemple). Pour voir ce que cela donne, vérifier l’aspect sanitaire, voir si cela donne un goût au filet de truite que l’on mange derrière, et cetera, et cetera. Voilà où nous en sommes.

En savoir plus : http://mutatec.com/


Interview de la société Entomo Farm

Retranscription de la vidéo

La société Entomo Farm a été créée en 2014 par le fondateur Grégory Louis, qui est passionné par les insectes. Il souhaitait créer une solution d’avenir, écologique, pour nourrir la planète. Il faut savoir qu’aujourd’hui, il y a d’importants besoins et une dépendance protéique, en France et partout dans le monde. L’idée est de fournir une protéine animale qui soit beaucoup plus écologique à produire [NDLR : que les protéines de soja OGM ou la pèche minotière], et qui provienne de la production de blé [NDLR : bio].

La protéine d’insecte est bien plus écologique que d’autres protéines animales :

  • En comparaison à la production de bœuf, nous allons consommer environ 200 fois moins d’eau pour produire la même quantité de protéines animales.
  • Il n’y a pas de gaz à effet de serre qui soit émis par les insectes.
  • Il s’agit d’un animal qui ne subira aucun intrant au cours de sa durée de vie.
  • L’insecte utilisé va se nourrir de blé : aujourd’hui nous utilisons du blé bio, afin d’éliminer les pesticides de l’alimentation de l’insecte.

L’avantage de cette production demeure dans le fait qu’aujourd’hui, la farine animale provient généralement de la pêche au large de l’Amérique du sud ou de l’Asie du sud-est (la pêche de petits poissons nommée pêche minotière), qui vide les océans de leur écosystème. Pour pallier ce type de pêche et ses effets néfastes sur l’environnement, la protéine d’insecte représente un bon substitut de remplacement.

Cette protéine animale d’insecte vise, in fine, à nourrir les poissons d’élevage, que nous pouvons trouver notamment en France, en Norvège ou encore au Japon. Il s’agit d’un très bon substitut pour ce type d’élevage.
Le procédé de fabrication d’Entomo Farm permet de séparer la protéine de l’huile.

L’huile ainsi produite peut éventuellement servir à l’industrie cosmétique. Il faut savoir qu’au Japon notamment, la pêche des baleines est faite exclusivement pour récupérer certaines graisses qui servent ensuite à des fins cosmétiques.  Ce type de lipides d’origine animale peut servir à l’industrie cosmétique, puisqu’ils contiennent des acides gras, notamment des acides linoléiques qui sont essentiels pour nourrir la peau. Ces lipides permettent donc des possibilités intéressantes en termes de cosmétiques, et cela demeure des cosmétiques naturels.

Aujourd’hui, le procédé de fabrication d’Entomo Farm n’utilise aucun intrant qui pourrait dénaturer à la fois les protéines et le produit. Il ne s’agit que de procédés physiques ou mécaniques, et qui permettent d’avoir un produit entièrement naturel, traçable, et sans polluant.

En savoir plus : http://entomo.farm/

 

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2 réflexions sur « Des protéines animales plus vertes pour nourrir poissons et volailles »

  1. Bonjour,
    concernant l’utilisation d’insectes pour nourrir nos animaux, ces techniques ont le mérite de prendre en considération les dégâts occasionnés sur l’environnement, mais je pense que la solution la plus économique, la plus simple, la plus efficace est de consommer moins, voire plus du tout de produits animaux car là encore on agit selon le fameux adage « tout changer pour que rien ne change ». Et qu’on ne me dise pas que l’alimentation végétarienne est difficile à adopter, de nombreux essais sont tentés notamment dans les écoles : si le repas est bon, point n’est besoin de viandes ! Surtout dans nos pays où l’offre de produits alimentaires non carnée est presque infinie !
    L’alimentation végétarienne a énormément évolué, on trouve maintenant des aliments très protéinés supérieurs à la viande sur un plan nutritionnel rivalisant les standards carnés: des « cordons bleu » des nuggets, des falafel, des saucisses… (le fromage végétal peine encore à reproduire le goût du fromage animal) Mais on peut bien sûr privilégier des plats non industriels, plus simples et extraordinaires coté saveurs !
    Je suis un fils de paysan, ancien gros mangeur d’animaux de tous genres, je suis depuis plus de 20 ans végétalien et je suis en pleine forme, seulement triste que cette transition concernant aussi le respect de nos compagnons terriens aie autant de mal à se mettre en place !
    Sensibiliser, encore et toujours.
    Contrarier les lobbies.
    Portez-vous bien.
    Dominique

    1. Merci Dominique pour votre message !

      Je suis tout à fait d’accord avec vous et cela rejoint mon voeu d’être le plus végétarien possible. A défaut de tous passer végétariens ou végétaliens, ces deux sociétés ont le mérite de limiter la casse – en attendant mieux 🙂

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